Inauguration de la statue de Denfert-Rochereau à Saint-Maixent

Le 15 mai 1880 eut lieu à Saint-Maixent-l’école l’inauguration de la statue de Denfert-Rochereau. Statue réalisée par le sculpteur Baptiste Baujault du village voisin de La Crèche.

Cet évènement est relaté dans divers quotidien, dont : Le Gaulois, Le Temps, Le Petit-Journal

LE GAULOIS – 16 mai 1880 – Numéro 246

A SAINT-MAIXENT
___________________
Par dépêche télégraphique
___________________

———————————————————————–Saint-Maixent, samedi 15 mai
Huit mois à peine nous séparent de la fête de Montbéliard.
Il faisait très chaud, comme aujourd’hui, bien qu’on fût à la fin de l’automne. La vieille ville féodale était tapissée de verdure ; chaque maison disparaissait sous des bouquets de fleurs, les plus pittoresques que j’aie jamais vues dans ma course aux fêtes officielles.
Sur une petite place étroite, le colonel Denfert-Rochereau, coulé en bronze, était debout, tenant d’une main certaine clef de Belfort, dont l’office m’échappe aujourd’hui, et de l’autre, la poignée du glaive qui, si je rappelle exactement mes souvenirs, se trouvait drôlement placé.
M. Lepère – ma mémoire ne me trahit-elle pas ? – fit un discours d’inauguration.
Nous voilà derechef convoqués à une inauguration de statue.
Toujours du colonel Denfert-Rochereau.
C’est décidément le seul grand homme que nous ayons eu pendant la guerre.
Loin de moi la pensée de ternir cette gloire nationale. Le colonel Denfert n’a pas rendu Belfort. On lui a su gré de cette heureuse issue d’une défense stratégique – qui est grande, mais simple, d’après tous les hommes de guerre. – Rien de mieux. Mais après Montbéliard, Saint-Maixent n’a-t-il point un tantinet exagérer.
Le désir légitime d’avoir une statue sur la jolie place, ornée de quinconces, qui est située au pied de la ville, n’a-t-il pas été plus fort, dans l’organisation de la souscription nationale, que le désir d’honorer l’enfant de Saint-Maixent, le fils du percepteur Denfert ?
On ne saurait dire; mais prenons les choses comme elles sont.

Depuis deux jours, la ville de Saint-Maixent est tout à fait métamorphosée.
C’est un remue-ménage général, depuis la Mairie, point central de l’organisation de la fête, jusqu’à la boutique du moindre artisan. Ces solennités ont cela de bon qu’elles font venir du monde par cohues, et que l’aubergiste, le marchand de tabac, le cafetier, l’épicier, le boulanger, le voiturier, l’actionnaire de chemins de fer, l’artificier, le marchand de verres de couleurs, le maraîcher, le menuisier, le faiseur d’estrades, tout le monde y trouve son compte.
L’inauguration de la statue du compatriote Denfert a lieu demain, et la fête se continue lundi. Aussi, la compagnie du chemin de fer d’Orléans a-t-elle organisé, en prévision de la foule qui commence à envahir la ville au moment où je vous télégraphie, des trains spéciaux entre La Rochelle, Niort, Poitiers et Saint-Maixent.
La ville compte près de 5,000 habitants. C’est un simple chef-lieu de canton, tout près de Niort aussi les autorités locales seront-elles appuyées par l’administration préfectorale le préfet des Deux-Sèvres, les sous-préfets du département, les secrétaires et conseillers de préfecture.

Procédons par ordre :

Quinze journaux de Paris ont répondu. J’ai eu le plaisir de retrouver ici mes confrères du Temps, de la Presse, du Voltaire, du Soir, de la Paix, du Rappel, du Mot d’Ordre, et du Petit Journal.
De Marseille (il fallait s’y attendre), on a envoyé la couronne inévitable des Catalans, avec des rubans rouges et les emblèmes en honneur là-bas.
Toute la troupe de Saint-Maixent, un régiment d’infanterie, plus un escadron de cuirassiers venant de Niort, et une batterie d’artillerie venant de Poitiers, plus toutes les fanfares, musiques d’harmonie et orphéons de la contrée, plus un ballon monté par M. Jovis, sans compter les jeux forains, le feu d’artifice et le banquet officiel tel est le programme de cette fête de deux jours, intéressante à cause du cadre pittoresque dans lequel elle va être célébrée,
Saint-Maixent est, en effet, une vieille ville poitevine dont on ferait volontiers, au jugé, une ville de la Haute-Italie. Maisons blanches, toits presque plats, couverts en tuiles moussues, fenêtres vertes ou bleues, toujours peintes en tons crus et criant sur la blancheur éclatante des murs. Ruelles étroites, avec des ombres projetées par des pignons qui se rejoignent à la hauteur du premier étage.
Façades trouées de fenêtres bizarres vieille église gothique entourée de masures, où les écuries ont des portes dentelées et des gargouilles du plus pur Moyen-Âge.
Le tout jeté avec un vieux désordre sur une colline verte, non loin du Bocage vendéen et à quelques portées de fusil de la Sèvre Niortaise. C’est fort joli.
Ajoutez à cette ville italienne des profusions d’herbes et de feuillages enguirlandés le long des façades, des drapeaux et des verres de couleur qu’on essaie ce soir pour demain, et vous aurez l’aspect de la petite cité poitevine, dans le plus beau jour de fête qu’elle ait jamais connu.

Denfert est né ici, rue Châlon.
On montre volontiers la maison du héros. Un jour viendra certainement où le conseil municipal de Saint-Maixent votera l’apposition, en cet endroit, d’une plaque commémorative.
Son père, le percepteur, était lui-même enfant du pays, car l’aïeul de Denfert était marchand drapier à Saint-Maixent.
Son père, en 1848, faillit passer, paraît-il, un fort mauvais quart d’heure. Il eut à soutenir un siège assez désagréable, pour sa caisse de percepteur d’abord et pour sa personne ensuite. La foule révolutionnaire en voulait à tous deux.
Heureusement tout s’arrangea.
Inutile de rappeler que Denfert était protestant très accentué, comme beaucoup de gens en ce pays.
Mais il convient d’ajouter que la manifestation de demain ne manquera pas d’un caractère très anticatholique. Denfert ne croyait pas en Dieu, n’admettait pas le Crédo de Genève; c’est dire que, parmi les protestants même, il était un intransigeant tout à fait caractérisé. Mais alors, que n’a-t-on prié M. Ferry de faire un discours ? C’était plutôt son affaire.
Mme Denfert, que le colonel a épousée à Montbéliard, et à qui l’Etat accorde par reconnaissance une pension de 6,000 fr. par an, est arrivée ici avant-hier. Les enfants de Denfert sont au nombre de deux un fils, lieutenant du génie, et une fille.

Je viens de voir la statue, qu’on est en train de couvrir d’un voile, suivant la tradition, en attendant la consécration officielle.
Elle est d’un artiste du pays, M. Baujault.
Sur une pyramide quadrangulaire assez haute, en pierre grise, ornée de créneaux et de meurtrières à son sommet, le colonel Denfert se tient debout, les deux bras croisés, dans l’attitude d’un homme qui attend l’ennemi de pied ferme. En effet, la main droite tient une épée, qui est droite, en l’air, et sort brillante de l’aisselle gauche.  L’autre main tient un chiffon que j’avais d’abord pris pour un gant, mais qui, bien examinée, porte gravé à l’intérieur ce mot TRESKOW.
C’est la lettre, restée fameuse, du général prussien, à laquelle la garnison de Belfort a répondu comme l’on sait, par la belle défense dont on fait revenir aujourd’hui la gloire exclusive à Denfert-Rochereau.
La place où est érigée la statue s’appellera aujourd’hui le Champ de Mars,  substitution belliqueuse au nom de Champ de Foire, qu’elle porte depuis des siècles.
Des tribunes y sont élevées pour le cortège officiel et pour les invités de la ville. Sur la place de la pyramide qui regarde la ville, on voit un gros lion en marbre vert, dans une attitude fière, heureusement trouvée et qui n’est point banale. Dameurs, M. Baujault a fait au Salon de 1876, je crois, le Premier Miroir, un joli morceau de sculpture qui lui a valu une médaille.
Pour sa statue de Denfert, qui certes n’est pas admirable, mais dont l’ensemble est original et bien supérieur, au surplus, à la statue de Montbéliard, M. Baujault sera décoré demain.
Tel le sculpteur Soitoux, après la statue de la République; le sculpteur X… après celle de M. Thiers; le sculpteur Y… après celle de Denfert, à Montbéliard.
Voulez-vous être décoré ? Faites-moi une bonne statue dans la note des 363. C’est bien simple.

Qu’ajouterai-je ? Qu’on lit encore sur la pyramide : Souscription nationale en 1879 ?
Que la statue a coûté 29 000 francs ? Qu’au pied du défenseur de Belfort l’artiste a groupé des fascines, des gabions, des pioches et des boulets ? Que le lion belfortain met la patte sur un obus, ce qui gâte un peu la trouvaille en marbre vert ?
Demain, tout cela sera commenté, célébré, discuté. Car, je dois le dire, si la municipalité de Saint-Maixent, tout à fait opportuniste ou plus encore, vit en parfaite harmonie et organise ses fêtes avec un soin tout particulier, une fraction de la population, la fraction catholique et conservatrice, représentée par le journal la Sèvre, qui se publie courageusement ici, ne les suit pas dans leur enthousiasme.
On est évidemment flatté d’avoir Denfert parmi ses compatriotes; mais on n’est pas satisfait de voir la politique, et la politique antireligieuse surtout, déborder les organisateurs.
D’où abstention complète de la part de la minorité.
Est-ce curieux que tout en France finisse par de la politique ?
On m’annonce ce soir que M. Lepère décorera également M. Goguet, le maire de Saint-Maixent.
A demain.
————————————————————————————PIERRE GIFFARD
P. S. – Notre collaborateur ne pouvait savoir à Saint-Maixent que M. Lepère, démissionnaire, priverait la fête de sa présence.

====================================================

LE TEMPS – Numéro 6955 – 5 mai 1880

La ville de Saint-Maixent prépare pour les 16 et 17 mai des fêtes pour l’inauguration du monument qu’elle élève à la mémoire du colonel Denfert-Rochereau.
Le colonel Denfert-Rochereau est né dans la ville de Saint-Maixent qui l’a compté au nombre de ses conseillers municipaux depuis 1870.
M. le président de la République s’y fera représenter par l’un des officiers de sa maison militaire.
M. le ministre de l’intérieur et M. Constans, sous-secrétaire d’Etat à l’intérieur, ont accepté l’invitation qui leur a été adressée par la municipalité de Saint-Maixent.
M. Edmond Turquet, sous-secrétaire d’Etat aux beaux-arts, a également accepté cette invitation.
M. le ministre de la guerre a, en outre, délégué M. le général de Galliffet, commandant du 9e corps, pour le représenter à la cérémonie d’inauguration.
La ville de Saint-Maixent, qui fait partie de la 1ère circonscription de l’arrondissement de Niort, est représentée à la Chambre par M. Antonin Proust, qui assistera également aux fêtes.
La statue du colonel Denfert-Rochereau, élevée au centre du champ de manœuvres est due au ciseau du sculpteur Baujault, gui a obtenu une première médaille au Salon de 1877, et qui est l’un des compatriotes du colonel Denfert-Rochereau.

———————————

LE TEMPS – Numéro 6967 – 17 mai 1880

——————————— DÉPÊCHES TÉLÉGRAPHIQUES
—————————–Des correspondants particuliers du Temps
———————————————————————————–Saint-Maixent, midi
Il fait un temps splendide. Depuis ce matin, par toutes les routes de campagne défilent sans relâche des caravanes de paysans, et chaque train verse dans Saint-Maixent des flots de curieux.
MM. Sadi Carnot, colonel Bruyère, colonel Riu, général Blot, les députés républicains et M. Tribert, sénateur, arrivés à cinq heures ce matin, sont revenus à dix heures à la gare pour la réception officielle.
Par le train de dix heures quinze sont arrivés les généraux Galliffet et et Barbéa avec leur état-major; puis,  par le train de Niort de onze heures cinq, M. Barème, préfet, et M. Richard, secrétaire général des Deux-Sèvres, M. Granet, préfet, et M. Breté, le secrétaire général de la Vienne, et les sous-préfets de Bressuire, de Melle et de Parthenay.
Tous les invités étant réunis dans la gare, transformée en salon d’honneur brillamment décoré,  M. Goguet, maire de Saint-Maixent, leur a souhaité la bienvenue; puis M. Sadi Carnot l’a remercié de son accueil sympathique, et dit que le petit-fils du défenseur d’Anvers est particulièrement heureux de venir fêter le défenseur de Belfort.
Le cortège, musique en tête, s’est mis en marche au milieu d’une énorme affluence. Le 114e et le 115e de ligne faisaient la haie ; les cuirassiers fermaient la marche toutes les rues sont pavoisées et ornées d’arcs de triomphe. On s’est rendu à la mairie, où se donne un déjeuner de trente couverts.
M. Goguet, proposé pour la décoration, a décliné cet honneur ; M. Baujault, sculpteur, sera décoré.

————————————————————————————————————–
———————————————AU JOUR LE JOUR
————————————————————————————————————–
——————————————-Les fêtes de Saint-Maixent
————————————————————————–Saint-Maixent, 15 mai, soir.
L’inauguration de la statue du colonel Denfert-Rochereau a pris ici le caractère d’une manifestation patriotique à laquelle tout le département s’associe. La ville est déjà complètement pavoisée, et des arcs de triomphe sont dressés dans les rues que doit traverser le ministre de l’intérieur en venant de la gare et le cortège officiel se rendant sur la place où s’élève la statue. Vingt-cinq communes ont annoncé qu’elles enverraient des délégations.
Les frais de l’érection de cette statue ont été couverts par une souscription particulière en tête de laquelle le conseil municipal de Saint-Maixent s’était inscrit pour 1,000 francs, et qui a produit 28,000 francs en tout. Certains Maixentais ont mis un amour-propre incroyable à la faire réussir. On cite un ancien proscrit de 1851, M. Clerc, devenu commis-voyageur, qui a réuni à lui seul près de 9,000 francs tant en France qu’en Algérie. Ce brave homme n’aura pas eu le plaisir de voir inaugurer le monument de son glorieux compatriote il est mort il y a quelques mois ; son buste sera placé demain dans la salle du banquet.
La statue est l’œuvre d’un enfant du pays, le sculpteur Baujault, né à La Crèche, près de Saint-Maixent, et qui a obtenu il y a quelques années une des premières médailles du Salon. De l’avis des gens qui ont pu comparer, elle est supérieure à celle qui a été élevée l’année dernière à Montbéliard. L’artiste a admirablement rendu la qualité maîtresse qui a fait de Denfert un héros : l’inébranlable fermeté.
Le retard que les événements parlementaires ont apporté au départ du ministre de l’intérieur a un peu dérangé le programme primitif. Une réception que l’on préparait à Niort a dû être décommandée.
M. Lepère (1) doit arriver demain matin à cinq heures avec le colonel Brugère, représentant le président de la République, le colonel Riu, représentant du président de la Chambre, auquel le colonel Denfert avait dédié autrefois sa relation du siège de Belfort, et, dit-on, M. Sadi Carnot, sous-secrétaire d’Etat aux travaux publics.
Par le train de dix heures, arriveront le général de Galliffet, commandant du 9e corps d’armée le général Blot, chef d’état-major du ministre de la guerre et le général Barabé, directeur du génie, à Tours, On attend en outre M. Tribert, sénateur inamovible; les cinq députés républicains du département MM. Antonin Proust, Giraud, Ganne, de la Porte et Jouffrault ; les préfets des Deux-Sèvres et de la Vienne; le procureur général de Niort; tous les sous-préfets du département et un grand nombre de conseillers généraux et de conseillers d’arrondissement de la Vienne et des départements voisins. M. Viette, député de Montbéliard, s’est fait excuser au dernier moment.
Il y aura des discours de MM. le ministre de l’intérieur, Antonin Proust, Goguet, maire de Saint-Maixent, et le général de Galliffet, qui parlera au nom du ministre de la guerre.
Les fêtes dureront deux jours. Demain, à deux heures, inauguration à cinq heures, banquet de cinq cents couverts le soir, illumination et retraite aux flambeaux. Après demain, grand concours d’harmonies et de fanfares, feu d’artifice et ascension aérostatique.
Mme Denfert-Rochereau et sa fille sont ici depuis quelques jours. Elles sont descendues dans la maison que le colonel avait toujours conservée à Saint-Maixent, et elles sont l’objet de démonstrations générales de sympathie.

======================================================

———————Le Petit Journal – 18 mai 1880 – Numéro 6353
————————————————————————————————————–
————————————–UNE STATUE A DENFERT
————————————————————————————————————–
———————————————————————————Saint-Maixent, 15 mai
Correspondance particulière du Petit-Journal.
Une statue à Denfert. C’est la seconde.
L’an dernier, Montbéliard rendait un solennel hommage au défenseur de Belfort et du territoire belfortain. Demain, Saint-Maixent célèbrera le héros auquel la petite ville des Deux-Sèvres est fière d’avoir donné le jour.
A Montbéliard, c’était la fête de la reconnaissance; à Saint-Maixent, c’est la fête de l’orgueil national.
Tous ceux qui savent ce que fut le colonel Denfert-Rochereau, de quel poids sa résistance pesa dans les destinées de tout un coin de notre France, à quel point sa mémoire mérite d’être glorifié, comprendront le sentiment auquel obéissent les citoyens qui ont cet honneur : pouvoir se dire ses compatriotes !
Prétendre que Denfert ait laissé à Saint-Maixent des souvenirs d’enfance bien vifs, ce serait assurément dénaturer la vérité.
Une localité de quatre mille âmes suit toujours, de près ou de loin, ceux qu’elle a vus grandir et qui la quittent. Mais qui pouvait s’attendre aux circonstances d’où est sortie la grandeur de l’homme à qui, avec Thiers, notre pays doit la conservation d’un des lambeaux de son ancienne frontière de l’Est ?
Il était né ici, dans ce vieux centre protestant où ses coreligionnaires avaient dû serrer leurs rangs éclaircis par la persécution, après la révocation de l’Edit de Nantes.
La famille Denfert est ancienne dans la région. On s’y rappelle très bien le grand-père du colonel : il était marchand drapier. On y conserve de même le souvenir de son père ; il était percepteur.
Quant au futur soldat illustre, il était parti si jeune, il avait fait si loin ses études qu’à peine savait-on son élévation au grade de colonel commandant une place de guerre, à l’époque où le bruit de nos premiers revers déchirait tous les cœurs.
Les mémoires se réveillèrent plus tard. L’héroïsme du défenseur de Belfort devait être plus fort que l’oubli.
Et voilà pourquoi, demain, Saint-Maixent, comme Montbéliard, inaugurera une statue au patriotisme et à l’honneur.
Voilà pourquoi on attend, avec le représentant du gouvernement, on ne sait encore lequel à cause de la crise, un officier de la maison du président de la République,  M. le général de Galliffet, commandant du 9e corps, délégué par le ministre de la guerre, le préfet du département, le représentant de la circonscription à la chambre des députés, M. Antonin Proust, et d’autres notabilités de l’armée et de la politique.
En attendant, Saint-Maixent se recueille. Ses maisons se pavoisent, des arcs de triomphe se dressent dans ses rues, mais sans bruit, sans emphase, avec cette sorte de piété silencieuse qui accompagne les grands actes de la vie civique, précédent l’heure où l’enthousiasme fait explosion.
Un compatriote de celui qu’on s’apprête à fêter, le sculpteur Baujault, est l’auteur de la statue. En ce moment, le bronze est encore enveloppé du voile qui doit tomber seulement à l’heure de l’inauguration.
C’est cette heure qu’attendent les représentants de la presse parisienne, dont quelques-uns occupent leurs loisirs à animer les rues, à formuler par avances des programmes et à formuler des comparaisons archéologiques dont les Saint-Maixentais seront certainement surpris lorsqu’ils en retrouveront la trace dans nos journaux.
Soyons plus réservés et contentons-nous du récit sincère des évènements.
—————————————–
——————————————————————————–Saint-Maixent, 16 mai
M. Sadi Carnot, sous-secrétaire aux travaux publics, est arrivé à cinq heures, ce matin, avec M. de la Bruyère, représentant le Président de la République ; le colonel Riu, représentant le Président de la chambre ; le général Blot, chef d’état-major au ministère de la guerre, représentant le général Farre; M. Tribert, sénateur des Deux-Sèvres ; M. Antonin Proust, député de la circonscription ; M. Delaporte et M. Giraud, députés du département.
M. Sadi Carnot a été reçu par M. Goguet, maire de Saint-Maixent, et par les adjoints.
————————————-
——————————————————————————–Saint-Maixent, 16 mai
Le général de Galliffet est arrivé à 10 heures 30, accompagné par le général Barrabé, commandant du Génie du 9e corps, et plusieurs officiers d’état-major, ainsi que par M. Barrême, préfet des Deux-Sèvres ; M. Granet, préfet de la Haute-Vienne ; le secrétaire général du département ; M. Léo Aymé, conseiller à la cour d’appel de Poitiers et conseiller général.
————————————-
————————————————————————Saint-Maixent, 16 mai au soir
Après les présentations officielles qui ont eu lieu dans le salon de la gare magnifiquement décoré, le cortège s’est mis en marche pour la mairie où a eu lieu un déjeuner officiel.
Un incident s’est produit : après le déjeuner, le capitaine Thiers, qui prit part à la défense de Belfort, est venu demander au général de Galliffet l’autorisation de prononcer un discours, lors de l’inauguration de la statue du colonel Denfert.
Sur le refus du général de Galliffet, basé sur les règlements militaires qui exigeaient que tout discours fût soumis au ministre de la guerre, le capitaine Thiers offrit sa démission que le général de Galiffet refusa comme n’ayant pas qualité pour l’accepter.
A deux heures a eu lieu l’inauguration de la statue au milieu d’une affluence considérable.
La veuve du colonel Denfert ; son fils et sa fille avaient pris place sur l’estrade officielle. M. Sadi Carnot a développé les considérations qu’inspire une pareille fête au point de vue patriotique.
Le général de Galliffet a annoncé que le ministre de la guerre accorde à la ville de Saint-Maixent une école de sous-officiers. Puis le général a salué le défenseur de Belfort.
M. Antonin Proust, dans un discours très applaudi, a rendu un hommage solennel à la mémoire du plus illustre de ses compatriotes.
Le maire a fait ensuite la biographie du colonel Denfert.
————————————————————–Saint-Maixent, 16 mai, 10 heures, soir
M. le maire de Saint-Maixent a refusé la décoration qui lui était offerte par le gouvernement.

=========================================================

Le sculpteur Baptiste Baujault (1828-1899), originaire de la Crèche (Deux-Sèvres)
http://patrimoine-lacreche.pagesperso-orange.fr/histoire/19_20s/F_baujault.htm

==========================================================


Acte de naissance - Pierre Philippe Denfert-Rochereau - 11 janvier 1823 - Saint Maixent

Acte de décès - Pierre Philippe Denfert-Rochereau - 11 mai 1878 - Versailles

 

Cette entrée a été publiée dans * Tous les articles, histoire locale, personnages. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire