Le cruel hiver de 1709 (la misère dans les campagnes aux XVIIème et XVIIIème siècle)

(Extraits de « 100 lectures d’histoire locale se rapportant au département des Deux Sèvres », G. Picard, 1939)

La misère fut grande en France au XVIIIe siècle. En 1789, un sixième de la population du Poitou, d’après les rapports officiels, était composé de mendiants.
Il y eu d’affreuses disettes en 1709, en 1710, en 1784, en 1787, causant une misère  » qui fera trembler les siècles à venir « , dit un registre paroissial de cette époque.

La lecture des registres paroissiaux, à cet égard, est souvent bien intéressante. Les curés de paroisse ne se contentaient pas toujours de transcrire sur ces registres les actes de baptême, de mariage, de décès pour les habitants de la paroisse. Ils y ajoutaient parfois des notations sur les grands évènements de l’année et, en particulier, sur la température, les plus grands maux venant alors soit des tempêtes, soit de la chaleur ou du froid excessifs. C’est ainsi que nous pouvons avoir une idée de la misère qui exista dans nos campagnes, lors du terrible hiver de 1709, le plus terrible de tous les hivers du XVIIIe siècle.

Voici en effet ce qu’on peut lire dans les registres des paroisses suivantes près de CHAMPDENIERS.

GERMOND:

Extrait des registres BMS de Germond, 1709

1709 :  » au commencement de cette année, le froid a esté si rude qu’il a gelé tous les arbres verds ensemble, les ageons, les genest et fendu plusieurs chaînes, noyers, siréziers et autres, tué tous les petits oyzeaux et nombre de gros, tant domestiques qu’autres, plusieurs animaux, cochons et brebis. Donné pour mémoire : les peuples ont pillé les bleds sur les chemins et quelques greniers. « 

1710 :  » Cette année 1710, il a fait des verglas si considérables qu’il rendait les chemins impraticables, les maisons semblois une glace, les tuilles étaient brisées par les glaces, ce qui fait que dans le degel, on ne trouvait pas de maisons qui ne futhe remplie d’eau. Les arbres éstaient si chargés de glace qu’ils rompirent le rembloiement près terres. Ensuite, de cette eau glaciale, il survint une pluie qui continua huit jours et surtout cinq jours sans relacher, de manière que les eaux furent si abondantes que les moulins de la Sèvre estaient empêchés et ne purent faire de farine pendant huit à dix jours. Le second jour de carême, au dit temps, la nuit, il fit un orage si grand qui dura près de sept heures, qu’il jetta plusieurs maysons et une infinité d’arbres et autres et fit des dommages considérables. »

1716 :  » (il y a eu ) beaucoup de nège qui a resté quelque temps sur la terre, jamais hommes vivant ne les avaient vues si hautes. C’est ainsi que l’assurent les anciens de plaine et de gatîne. »

PAMPLIE :

Extrait des registres BMS de Pamplie, 1709

1709 : « dans la présente année 1709 a fait le plus rude hyvert qu’on ait jamais veu, a fait nombre de plusieurs milliers de personnes qui en sont morts, et presque tous les oyzeaux aussi. « 

1710 :  » l’arrivée du printemps ne fait pas sentir, cette année ici, comme les autres , l’agrément qu’on avait coutume d’y trouver, il n’est pas accompagné comme à l’ordinaire de la douce harmonie du chant des petits oyzeaux parce qu’ils sont presque tous morts par la rigueur et la longueur de l’hiver. « 

ROUVRE :

Extrait des registres BMS de Rouvre, nov 1709

1709 :  » Le dix huit de ce mois (novembre) il fit un grand vent si impétueux avec un tremblement de terre si grand que bien des maisons et la plupart des arbres furent renversés, et notamment un orme qui estoit à la Challonière qui estoit le plus beau du canton. « 

Pendant ces hivers très rudes, la mortalité dans nos campagnes fut très grande. On peut aussi s’en rendre compte en consultant les registres paroissiaux. Jamais elle n’avait été aussi grande. Il y eut aussi des épidémies terribles très souvent.

D’autres textes et extraits de registres paroissiaux sur cet hiver 1709 sont disponibles pour la région de La Chapelle Thireuil (79) ou la région de Saintonge. Pour d’autres anecdotes du même ordre sur le département, je vous conseille également l’excellent site de Jacques Marchal.

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