De la sorcellerie en Poitou en plein XXe siècle

Les sorts et l’envoûtement existeraient-ils encore ?

Les amateurs de cinéma ont de fréquentes occasions de voir défiler sur l’écran des scènes de sorcellerie surprises dans la brousse des colonies par d’audacieux chasseurs d’images. chaque fois les pratiques bizarres  des sorciers sauvagement accoutrés provoquent des rires et des lazzis. Pourtant, les pays civilisés ne sont point exempts de telles superstitions ; et si les sorciers n’y revêtent point d’étranges costumes, on y croit, néanmoins, au plus profond des cœurs a leur plus funeste influence. De fait, le « sorcier » existe, mais il s’est adapté à la vie moderne. Il va au plus grand café de la ville. Il voyage en auto, déjeune au meilleur restaurant. Il remplit même des fonctions publiques. Nous en connaissons un qui est conseiller général de son canton.
Le département des Deux-Sèvres, qui s’inscrit en bien des cas, à l’avant-garde de la culture intellectuelle et s’enorgueillit de ses sociétés d’éducation populaire, échappe-t-il à la règle générale ?
La chronique des faits-divers évoque, de temps en temps, des querelles de village suscitées par des gens qui se prétendent « ensorcelés ». La machine à battre de Sevreau a tourné, il y a quelques années, pendant deux nuits consécutives sans aucun moteur apparent. L’an dernier, le tribunal correctionnel de Parthenay a entendu d’honorables personnes lui certifier que deux femmes étaient devenues folles à la suite d’une « cure » chez un guérisseur qu’on soupçonnait d’être aussi sorcier.
Et, si l’on en croit l’imagination populaire, l’action des sorciers est encore plus étendue : on peut la retrouver dans la plupart des malheurs qui nous frappent.
Tous les membres d’une famille viennent-ils à tomber malades successivement ? Cette famille est « ensorcelée ». Les bêtes crèvent-elles à l’étable ? Un sort a été jeté sur l’étable. Le terrible mot d’envoûtement a même été prononcé récemment dans le marais poitevin à l’occasion d’une mort particulièrement tragique et émouvante.
Et puis que craint-on au juste quand on se marie en hâte à la fin d’avril pour que l’union ne soit pas consacrée en mai ? Pourquoi ce monsieur, bien habillé, pâlit-il quand les poignées de mains sont échangées en croix ? On en veut point non plus trinquer avec du café, et on refuse d’allumer une troisième cigarette à la même allumette.
Pour tout dire, nous sommes sûrs qu’il y a plus, à Niort, de sorciers que de médecins. pourtant les médecins ne manquent pas.
Nous nous proposons de recueillir quelques-une de ces histoires qu’on se raconte, à voix basse, le soir quand la porte est fermée au verrou. Nous le ferons sans aucune prétention à philosopher, car un journaliste peut se borner à écouter et à regarder. Peut-être notre besogne ne sera t-elle point facile car ce sont des sujets qu’on ne remue jamais devant un non-initié.
C’est à tel point qu’en l’état actuel des choses, il serait impossible de tenter, sur cette partie du folklore poitevin, un travail d’histoire ou de documentation, si objectif soit-il. Nous avons à faire à une véritable société secrète. On ne sait jamais ! L’envoûtement est si mystérieux !
Espérons que les sorciers montreront quelque indulgence envers l’auteur de ces lignes qui ne leur veut aucun mal et qui parlera d’eux, peut-être sans admiration enthousiaste ; mais aussi, sans ironie, ni mépris.

ÉCOUTEZ CELLE-CI …
LA RUINE
DU MARCHAND DE CHEVAUX

Le fait est assez récent. Un marchand de chevaux de la Gâtine engraissait ses bêtes dans le marais avant de les revendre. Ses affaires prospéraient à souhait, quand il s’entendit un jour dire : « Tu t’enrichis trop vite. C’est fini. »
Ce fut, en effet, fini. A partir de ce jour, il ne put plus revendre un cheval. toutes ses bêtes crevaient deux, ou trois jours avant d’être revendues. L’histoire nous a été racontée ainsi.

ET CELLE-LÀ
LA MORT DU SORCIER

Il y a quelques cinq ou six ans, vivait dans un bourg du marais un menuisier qu’on disait sorcier.
Par intermittences, le pauvre homme avait des envies de taper à tour de bras sur sa femme et ses enfants.
Un jour, dans un suprême effort de volonté, il se dit : « Je vais quitter ma maison et partir au loin. ». il vint à Niort et se fit accepter comme domestique dans un pensionnat.
On s’aperçut vite qu’il ne profitait jamais de ses jours de sortie. Excellent pêcheur, il se refusait à toute partie de pêche dans le Marais.
Un jour pourtant, il sortit… mais, il ne rentra pas. On le trouva mort dans sa petite maison du Marais, au coin de la cheminée.
Ne dit-on pas que le sort jeté sur le sorcier revient sur lui s’il n’arrive pas à le rejetter sur une autre personne ?

LE PRÊTRE
PLUS FIN QUE LE SORCIER

Un prêtre nous a raconté cette troisième. il s’était rendu, pour le denier du culte, dans un village de dix feux situé à une douzaine de kilomètres de Niort.
La première visite se passe très bien. La deuxième aussi. A la troisième, il est reçu par deux vieillards qui lui font un excellent accueil.
Mais dans la maison suivante, on l’interroge. A-t-il été à côté ? Oui ? Quel malheur ! Les deux vieux qu’il vient de visiter sont des sorciers.« La preuve, lui dit-on, l’étable est rongée, les vaches ne donnent pas de lait. » Et la maîtresse de céans, atteinte d’arthritisme, prétend que chacune de ses crises est provoquée par un sort du vieux voisin.
Or le vieux voisin se met quelque temps à labourer une vigne. Il attrape chaud et meurt deux jours plus tard.
Le prêtre, en revenant de l’enterrer, entend cette réflexion : « Nous le savions bien. Le curé était venu chez lui l’autre jour. Il a été plus fin que lui. Il la fait crever ».
Nous ayant raconté cette aventure, l’ecclésiastique ajouta : « Je n’ai jamais pu enlever cette idée de la tête des habitants du petit village. »
Il est vrai que la main droite du prêtre a été spécialement consacrée en vue d’exorciser… – (A suivre).

Fernand Daudin

L’Ouest-Éclair (édition de Vendée) – 30 avril 1933

Il y a une gravure « les langueyeurs de porcs »
Le langueyeur a pendant des siècles pratiqué un art consistant à déceler la ladrerie chez le porc destiné à la vente et le cas échéant, déjouer les malices de certains paysans habiles à masquer l’affection dont l’animal était atteint. (Wikipédia).

Un bon résumé sur :
http://www.histoire-en-questions.fr/metiers/langueyeurs.html

Le blog « modes de vie aux 16e, 17e siècles. à travers les actes notariés par Odile Halbert »
chercher langueyeur dans le moteur de recherche du blog

Des ouvrages :
Étude sur la ladrerie chez l’homme comparée à cette affection chez le porc, par le docteur Joseph Boyron – 1876
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5721625f

De la ladrerie du porc au point de vue de l’hygiène privée et publique – Auguste Delpech – 1864
http://books.google.fr/books?id=wWW-lPHGUGcC&hl=fr&pg=PA3#v=onepage&q&f=false

 

 

 

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